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Rencontre avec Rémy Demangeon, Président du syndicat CFTC Ugecam Nord-Est

Les Unions pour la Gestion des Établissements des Caisses d’Assurance Maladie (Ugecam) sont les premiers opérateurs de santé en matière de rééducation et de réadaptation. Rencontre avec Rémy Demangeon, président du syndicat CFTC de l’Ugecam Nord-Est, qui vient de remporter une belle victoire électorale.




Elles sont peu connues et pourtant indispensables. Les Ugecam rassemblent de petites et moyennes structures dédiées à la rééducation physique et sportive suite à un accident de la vie ou une maladie. D’autres établissements favorisent la réadaptation sociale et professionnelle de jeunes présentant une déficience intellectuelle ou des troubles de la personnalité, qui seront orientés vers le monde du travail traditionnel, en Esat (Établissement et service d’aide par le travail) ou en établissement de jour.


Travail de terrain


Les Ugecam, créées dès 2000, sont au nombre de 13 en France. Elles rassemblent 242 établissements appartenant à l’Assurance maladie et 14 000 salariés.


Rémy Demangeon, ancien moniteur de formation professionnelle pour jeunes déficients mentaux est, depuis 2022, président du syndicat CFTC de l’Ugecam qui recouvre les deux régions Lorraine et Champagne-Ardenne (14 établissements, 1 600 salariés).


Avant cette date, la CFTC n’avait qu’une petite section d’une dizaine d’adhérents dans un des établissements de la région. Engagé dans un autre syndicat depuis une quinzaine d’années, Rémy Demangeon a finalement rejoint la CFTC en septembre 2022 avec son équipe.


« Nous avons décidé cela tous ensemble et nous avons redémarré presque de zéro, sans aucune représentativité. Depuis, le nombre d’adhérents n’a fait que monter et dépasse désormais la centaine. »


De la Moselle aux Ardennes, le périmètre d’action de Rémy Demangeon est très large.


« Je passe beaucoup de temps sur la route, car le travail de terrain, il n’y a que ça de vrai. Nous sommes allés à la rencontre de presque tous les salariés. À un moment donné, tous connaissent une difficulté et ils ont besoin d’en parler. Il est primordial de les écouter, de créer un climat de confiance. J’y mets un point d’honneur. »


L’état mauvais payeur


Régis par la convention collective de la Sécurité sociale, les salariés des Ugecam sont très mal lotis. Bas salaires et conditions de travail dégradées sont source de malêtre et créent un cercle vicieux : le surmenage entraîne des arrêts maladie, et donc encore plus de travail pour ceux en poste.


« Nous sommes en grande difficulté pour recruter des soignants, notamment des aides-soignants et des infirmiers parce que nos salaires ne sont pas du tout attractifs. Aujourd’hui, si une aide soignante est embauchée au niveau conventionnel, elle est en dessous du Smic. Pire encore, l’Ucanss (Union des caisses nationales de Sécurité sociale) se sert du Ségur(*) pour financer le Smic, au lieu de rajouter des points pour y parvenir. C’est une honte totale ! Ce que même les plus petites associations n’osent pas faire, l’Ugecam le fait. »


Faute de convention collective adaptée, certaines Ugecam prennent en compte l’ancienneté pour les salaires à l’embauche… Ce qui peut paraître évident, mais n’est en fait pas obligatoire.


« Nous poussons pour que ce soit le cas, tout comme la possibilité de donner quelques points de compétence pour que le salaire d’embauche soit supérieur au salaire minimum. Même si tout était parfait et que nos établissements connaissaient de meilleures conditions de travail, ça ne pourrait pas fonctionner avec de tels salaires », dénonce Rémy Demangeon.


31% de représentativité


Les élections professionnelles à l’Ugecam Nord-Est se sont tenues le 29 septembre dernier et ont été couronnées de succès. La toute nouvelle équipe CFTC a récolté 70 % des voix dans le deuxième plus vaste CSE (Marne et Ardennes) des établissements Ugecam Nord-Est ! Dans deux autres, elle a également obtenu la première place, avec 45 % et 63 % des voix. Sur les cinq CSE en jeu, la CFTC a obtenu 31 % de représentativité. Cela en fait la deuxième organisation syndicale, à seulement deux points de la première.


« Nous avons rapidement compris que les salariés ne voteraient que pour des collègues de leur propre établissement. Il a donc d’abord fallu trouver ces salariés en capacité de se reconnaître dans nos valeurs. Ce que nous avons fait par le biais de réunions d’information, qui nous ont aussi permis de mobiliser l’ensemble des salariés pour le vote. Puis, lors de la campagne, nous nous sommes appuyés sur les capacités et les points forts de chacun. Par exemple, l’un est plus à l’aise en informatique, l’autre pour aller à la rencontre des salariés, et c’est comme cela que nous avons mis en place notre plan d’action sur un an. Il a fallu faire connaître la CFTC avec diverses initiatives, de communication notamment : tractage, distribution de sacs CFTC… Les salariés ont commencé à retenir le logo CFTC et la couleur bleue. »


Autre raison du succès, « la démocratie au sein du syndicat est primordiale, rappelle Rémy Demangeon. Nous nous sommes rencontrés chaque mois. Nous parlons d’une seule voix, mais nous prenons appui sur la totalité des avis des adhérents. Toute décision est débattue collectivement. Notre succès est celui d’une équipe. »


Un potentiel  à exploiter


De nouveaux adhérents continuent régulièrement de grossir les files CFTC de l’Ugecam Nord-Est. Cependant, animer et faire grossir des équipes très dispersées demande beaucoup de moyens.


« Du fait de nos implantations, on passe 95 % de notre budget dans les déplacements. » L’augmentation du prix du gazole inquiète Rémy. Question temps, « notre fédération Protection sociale et Emploi nous a soutenus en nous donnant des chèques syndicaux pour libérer les salariés. »


« Aux prochaines élections, nous ferons encore mieux, précise-t-il, perfectionniste. Il existe encore un CSE très important avec 600 salariés, dans lequel nous ne sommes pas implantés correctement. Nous avons une belle marge de manœuvre car, en plus de convaincre les salariés ou adhérents d’autres syndicats, nous nous devons d’aller chercher les 45 % d’abstentionnistes. »


Gaëtan Mortier



(*) Lors de la crise sanitaire en 2020, le Ségur de la santé a apporté un complément de salaire à destination des salariés des établissements de soin.


Article paru dans le magazine LA VIE EN BLEU CFTC

 

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